E comme environnement … et comme égalité

Un environnement créateur d’inégalités de santé

Lorsqu’on est socialement défavorisé, on réside et on travaille dans des environnements plus soumis à une panoplie d’expositions, il existe donc un différentiel d’exposition entre les individus issus de classes sociales différentes. Par ailleurs, à niveau d’exposition identique ou à nombre de nuisances exposées comparables, les populations défavorisées subissent des conséquences sanitaires plus importantes, c’est le différentiel de vulnérabilité (Deguen, 2021).

Ce constat renvoie au concept d’inégalités environnementales. Julie Gobert, chercheuse en aménagement du territoire et géographie, les définit comme « l’expression d’une charge environnementale qui serait supportée en premier lieu par des populations défavorisées et/ou minoritaires ou par des territoires souffrant d’une certaine pauvreté et exclusion de ces habitants » (Gobert, 2021). La chercheuse ajoute cependant qu’être soumis à un risque ou une pollution n’induit pas systématiquement une inégalité environnementale (en raison du différentiel de vulnérabilité).

Les inégalités environnementales se traduisent en inégalités sociales de santé entre les individus. Pour la chercheuse en santé publique Lola Neufcourt (2021), les déterminants sociaux de la santé sont pour la plupart des déterminants sur lesquels il est possible d’agir, les inégalités sociales de santé seraient donc, en théorie, évitables. Qu’en est-il en réalité ?

 

 

Des connaissances scientifiques insuffisantes :

En 2008, la Commission des déterminants sociaux de la santé à l’OMS pointait du doigt que « la plupart des recherches en santé (l’investissement) restent très lourdement centrées sur le biomédical, alors qu’on pourrait soutenir que les plus grandes améliorations en matière de santé proviennent des améliorations réalisées au niveau des déterminants sociaux de la santé ».

En 2011, le rapport de l’inspection général des affaires sociales sur les inégalités sociales de santé signalait de son côté que “les inégalités sociales de santé et leurs déterminants sont un thème de santé publique reconnu, mais dont l’analyse est complexe. En outre, elles ne constituent pas un objectif de politique publique à part entière” (Moleux et al., 2011).

Dix ans plus tard, en 2021, le rapport sur les orientations et la gouvernance de la politique de santé environnementale* indique “des connaissances scientifiques encore insuffisantes sur les effets sanitaires des expositions environnementales”. Le rapport précise :

 

“si les données de santé agrégées au sein des diverses plateformes, cohortes et registres sont multiples, elles ne sont que rarement collectées dans un but d’évaluer les effets de l’environnement sur la santé (…) L’effort public de recherche en santé environnementale paraît donc relativement limité et éclaté. Les projets de recherche en santé environnementale se retrouvent tantôt noyés dans une compétition généraliste où, compte tenu de leur caractère transversal et des logiques encore très disciplinaires dans le milieu académique, ils peinent à trouver des financements” (Jomier, Lassarade, 2021).

La production de données probantes riches sur les liens santé-environnement semble constituer un enjeu important. A ce propos, le plan national santé-environnement PNSE4 paru en 2021 prévoit (action 19) de doter la France de moyens dédiés à la recherche sur l’exposome**, parmi lesquels une infrastructure consacrée à la biosurveillance des populations et des écosystèmes”. Ainsi, une piste pourrait être l’utilisation de cette infrastructure pour collecter des variables sociales et mener des recherches sur les déterminants sociaux de la santé.

 

 

Quelques projets en cours :

Projet Equit’Area, de l’École des Hautes Etudes en Santé Publique, débuté en 2008. Il vise à explorer la contribution de certaines pollutions et nuisances environnementales aux importantes inégalités sociales de santé qui existent en France.

Projet Remedia, INSERM. Ce projet H2020 étudie l’impact des faits environnementaux sur le développement et la progression des maladies.

Projet Exposomics, de la School of Public Health, Imperial College Londres. Ce projet vise à développer de nouvelles approches pour évaluer les expositions environnementales (pollution de l’air, contamination de l’eau) et l’état de santé au cours de la vie.

 

 

 

* Santé environnementale : renvoie aux aspects de la santé qui sont déterminés par des facteurs liés à l’environnement (risques physiques, chimiques, biologiques ou encore sociaux).

** Exposome : ensemble des facteurs extérieurs à l’organisme (positifs ou négatifs) et qui peuvent avoir un effet sur la santé (Deguen, 2021).

 

 

 

Texte : Ryma Hachi, ingénieure de recherche du programme E-city

 

 

 

Références :

-Rapport final de la Commission des déterminants sociaux de la santé de l’OMS, 2008.

-Moleux M., Schaetzel F., Scotton C., 2011, Les inégalités sociales de santé : Déterminants sociaux et modèles d’action, mai 2011, Rapport de l’Inspection générale des affaires sociales.

-Deguen S., 2021, Inégalités sociales d’exposition aux polluants atmosphériques, Webinaire « Exposome et santé publique : de la recherche à l’expertise », Anses-Inserm, novembre 2021.

-Gobert J., 2021, Inégalités environnementales, Encyclopédie de l’Environnement, [en ligne ISSN 2555-0950] url : https://www.encyclopedie-environnement.org/societe/inegalites-environnementales/

-Jomier B., Lassarade F., 2021, Les orientations et la gouvernance de la politique de santé environnementale, Rapport d’information n° 479 (2020-2021) fait au nom de la commission des affaires sociales, Sénat, mars 2021.

-Neufcourt L., 2021, Quelle prise en compte des variables sociales dans la littérature sur l’exposome ? Webinaire « Exposome et santé publique : de la recherche à l’expertise », Anses-Inserm, novembre 2021.